L’église Saint-Florent de Til-Châtel

 

L’église Saint-Florent de Til-Châtel compte parmi les plus belles du département de la Côte d'Or. L'ancienne collégiale*1 est un édifice important, d'un bon volume et d'un style roman*2 tardif.

 

Extérieur de l'église

 Historique.

L’antique Filena était une ville des Lingons et un castrum qui fut station militaire des romains. Saint Florent y aurait subi le martyre vers l’an 264, décapité sur le pont sur la Tille. Une église conservant ses reliques fut donnée aux Augustins de l’abbaye de Saint-Etienne de Dijon en 801 par l’évêque Betto de Langres.

Un chapitre de chanoines réguliers y fut fondée en 1033 et l’église est alors collégiale ainsi que priorale*3 dépendant de Saint-Etienne. Un important synode*4 fut organisé à Til-Châtel en 1116 sous l’impulsion de l’archevêque Guy de Vienne. Devenu le pape Calixte II, il aurait ordonné la construction de l’église romane, élevée au cours du XIIe siècle.

En 1146, un cercueil en pierre identifié comme celui de Saint Honoré fut découvert pendant des travaux . Ce saint devint alors le deuxième patron de l’église.

Un important château-fort s’élevait au Moyen-âge formant un ensemble imposant avec l’église. Des remaniements interviennent aux XVe et XVIe siècles et l’église fut à nouveau consacrée vers 1495.

La façade fut rehaussée en 1620 comme le montre une inscription sur celle-ci.

Après la Révolution, le prieuré fut supprimé et l’église devient paroissiale.

Elle est classée Monument Historique en 1862.

Des restaurations importantes en 1868-1869 par Maurice Ouradou, gendre et élève de Viollet-le-Duc, entraînent la reconstruction de certaines parties de l’édifice et la reconstitution de son état roman.

Les derniers vestiges du prieuré, du côté du cimetière, ont été rasés en 1971.

Description.

L’église présente un plan roman classique avec une nef*5 à bas-côtés de cinq travées, un transept saillant avec clocher central et un chœur avec trois absides précédées d’une travée droite. La construction remonte au XIIe siècle mais on peut y reconnaître plusieurs étapes de travaux.

Le chœur en est la partie la plus ancienne, remontant aux années 1130-1150.

La nef, construite d’ouest en est, fut complétée vers 1180.

Des remaniements tardifs, remarquons le croisillon nord du transept en partie reconstruit au XVe siècle et la sacristie moderne au sud du chœur.

 

Plan de l'église

L’extérieur de l’église est trapu et imposant. La nef est de facture soignée avec ses deux étages de baies et contreforts*6. La façade avec son grand portail sous fronton triangulaire et sa rosace sont de facture presque gothique. Le clocher central de l’église, restauré, présente un étage de baies géminées avec colonnettes et chapiteaux simples. Le pignon sud du transept est encore roman avec ses baies doubles sous une rose, celui au nord avec ses contreforts énormes a été refait. Le chevet typiquement roman présente trois absides avec couvertures en lave sous le pignon du chœur. Remarquons encore les modillons sculptés, présentant de simples motifs géométriques sur l’abside centrale et des têtes du côté sud de la nef.

Face nord

Absides

 

Clocher

 

Façade

 

L’église présente deux portails romans aux décors intéressants. Le grand portail ouest, daté vers 1180, est une belle conception de la fin de l’époque romane. Le tympan montre le Christ en Majesté dans une mandorle trilobée entre les symboles des quatre évangélistes et les symboles du péché qu'il foule aux pieds. Restaurée au XIXe siècle, la tête du Christ a été refaite de même que celle de... Le portail, richement décoré, présente des voussures aux cordons sculptés et dix colonnes avec tores, dont celui à gauche représente un tronc de palmier. Les chapiteaux surmontant les colonnes montrent des feuillages et, à droite, des sirènes autour d’une tête de monstre. Les corbeaux sous le tympan présentent des beaux atlantes.

Les portails romans :

Portail ouest

 

Tympan du portail ouest

Chapiteaux

 

Colonnes

 Le petit portail sud est un peu plus ancien. Son beau tympan représente un autre Christ en Majesté dans une mandorle*7 soutenue par quatre anges et entourée des symboles des quatre évangélistes. Ce tympan porte la marque de son créateur : "Petrus Divionensis fecit istam lapidem" ( = Pierre de Dijon a fait cette pierre). Il est très proche du tympan du Christ, plus tardif, conservé au Musée archéologique de Dijon, datant de 1150-1160, qui pourrait indiquer un même atelier de sculpture. Il y a deux chapiteaux au décor végétal avec des tailloirs décorés et deux corbeaux*8 avec des atlantes*9.

 

Le tympan du portail sud : le Christ entre quatre anges et quatre symboles des évangélistes

 L’intérieur de l’église présente un ensemble roman vénérable. La nef s’élève sur deux étages, celui des grandes arcades et celui des fenêtres hautes, séparés par un bandeau horizontal. La voûte en berceau brisé, avec des pénétrations au niveau des fenêtres, repose sur des doubleaux *10 aux colonnes engagées. Les arcades, de profil brisé et à double rouleau, reposent sur des piliers carrés cantonnés de trois colonnes engagées. Les bas-côtés, celui au sud plus large que celui au nord, sont voûtés d’arêtes sur doubleaux brisés retombant sur de simples pilastres à impostes.

Intérieur de la nef

 

 La croisée du transept est couverte d’une belle coupole sur trompes qui s’élève sur quatre arcs brisés à doubles rouleaux. Une voûte d’arête couvre le croisillon nord, tandis que le croisillon sud à été revoûté en ogive*12 au XIVe siècle. L’architecture du chœur est originale. La travée droite, voûtée en berceau brisé, s’ouvre sur des bas-côtés également voûtés en berceaux par de grandes arcades doubles reposant sur un pilier central. L’abside*13 centrale a trois baies s’inscrivant dans cinq arcatures avec des colonnes à chapiteaux. Deux absidioles s’ouvrent par des arcs brisés avec des impostes. Dans le chœur et dans les croisillons, des fresques des XVe et XVIe siècles en mauvais état montrent encore plusieurs scènes de saints, d’apôtres et de la vie de la Vierge et du Christ.

Intérieur de l'église :

Nef Bas-côté sud

  

Arcades Choeur

 

Les chapiteaux romans de l’intérieur datent du milieu du XIIe siècle. Il y en a 40 au total, situés aux piliers de la nef et de la croisée, sous les voûtes de la nef et aux arcatures de l’abside. On y trouve un grand nombre de thèmes végétaux variés ainsi qu’un bestiaire fantastique et des monstres de facture classique. Les chapiteaux les plus intéressants se trouvent dans la première travée de la nef : des sirènes-harpies (au sud-ouest), des oiseaux à queues de serpents (au sud-est), des oiseaux à têtes humaines (au nord-est) et des rinceaux*14 issus de têtes monstrueuses (au nord-ouest). Les autres chapiteaux de la nef sont décorés de feuillages, de feuilles d’acanthes ou de palmettes. Sur quatre chapiteaux des parties hautes de la nef et sur deux chapiteaux de la croisée on peut y voir des masques dans les feuillages. Entre les six chapiteaux de l’abside, enfin, remarquons deux monstres renversés et un oiseau avec un serpent.

 Images des chapiteaux :

Oiseaux à queues de serpents Feuilles et masque Feuilles

 

 Le mobilier de l’église est digne d’intérêt et même encore en partie romane.

L’autel dans l’abside est du XXe siècle et la pierre d'autel serait celle du pont sur la Tille où Saint Florent aurait été décapité. Il existait également un superbe autel en bois sculpté, peint et doré qui a été déposé au Musée d'Art Sacré à Dijon où il est exposé actuellement.

Dans le croisillon nord, un beau Christ aux outrages en bois remonte également au XIIe siècle. Il proviendrait  d'un oratoire détruit à l'époque de la Révolution qui était situé au carrefour des routes de Langres et de Lux.

Les fonts baptismaux, dans le bas-côté sud, sont encore plus anciens. Ils pourraient dater du XIe siècle et avoir appartenu à l'église primitive sur laquelle l'église actuelle aurait été construite. 

L’église conserve les reliquaires de ses deux saints patrons :

- la châsse*15 dorée de Saint Florent dans le chœur

- le sarcophage de Saint Honoré avec une châsse du XVIe siècle en bois peint situé dans le croisillon nord dont les motifs représentent la légende de la découverte du Saint.

 Des pierres tombales du XIIIe au XVIIe siècle fixées aux murs... en tout ou partie pour paver l'église

Le Christ en croix dans la nef est représenté entouré de la Vierge et de Saint Jean. Il date du XVIIe siècle de même que le triptyque dans le chœur.

  Le mobilier ancien :

Autel

 

Christ aux outrages

Pierre tombale

 Le bourg de Til-Châtel, important castrum au Moyen-âge, possédait plusieurs autres édifices. Du grand château-fort, au sommet de la butte, il ne reste que la porte d’entrée. Près de la place du Tertre, se trouvaient les bâtiments d’un ancien hôpital des XIIe et XIIIe siècles construit en bordure de la voie Agrippa. La Commanderie de Templiers de Fontenotte enfin, se situait au sud de la ville. Fondée en 1190, on y rencontre encore la ferme templière avec sa tourelle d’escalier, transformée en exploitation agricole après la Révolution. Sa chapelle de style de transition a été démontée dans les années 1960 et reconstruite sur le domaine de la Bergerie à Corcelles-les-Monts près de Dijon.

 Visite.  

L'église est ouverte à la visite toute l'année.

Pour en savoir plus sur Til-Châtel, vous pouvez visiter le site Internet suivant de la Communauté de communes au nord de Dijon : http://www.covati.fr/.

 

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 *1 : Une collégiale (raccourci pour église collégiale) est une église qui a été confiée à un collège de clercs ou chapitre collégial, c'est-à-dire à un groupe de chanoines (de nombre variable selon les lieux) formé ailleurs qu'au siège épiscopal. Ils sont tenus à y chanter ou réciter l'office divin.

 *2 L'art roman est la période qui s'étend du début du xie siècle jusqu'à la seconde moitié du xiie siècle en Europe. Son domaine d'expression est essentiellement religieux avec notamment l'adoption du plan basilical pour les églises et la généralisation de l'emploi de la voûte en berceau.

 *3 Eglise priorale : église qui dépend d'un prieuré, c'est-à-dire d’un monastère.

 *4 Le mot synode désigne dans le christianisme une réunion, une assemblée délibérative d'ecclésiastiques. 

*5 La nef est le lieu principal où se tiennentles fidèles lors des célébrations et des offices (= vaisseau central + collatéraux)

 

 *6 En architecture, un contrefort est un renfort de maçonnerie saillant et massif élevé sur la face extérieure d'un bâtiment voûté et qui sert à contenir les effets d'une charge ou de la poussée des arcs et des voûtes.

 *7 Le mot mandorle vient de l’italien mandorla qui signifie amande. Il désigne une figure en forme d’ovale ou d'amande dans laquelle s’inscrivent des personnages sacrés : le plus souvent le Christ, mais aussi la Vierge Marie ou les saints.

*8 Le corbeau est un élément saillant d'un mur, en architecture.

En structure intérieure, il permet de soutenir une poutre, une voûte, un arc ou une statue.

En structure extérieure il est utilisé pour supporter un toit, une corniche ou autre avant-corps.

Au rôle de support du corbeau peut s'ajouter un rôle décoratif. Il est souvent sculpté (modillon) dans les bâtiments fastueux.

 *9 En architecture, un atlante est une statue d’homme, soutenant un entablement sur sa tête, remplaçant ainsi une colonne, un pilier ou un pilastre.

 *10 Un arc-doubleau ou arcdoubleau est un arc perpendiculaire à l’axe de la voûte et appuyé contre la face intérieure des murs (il double la voûte). Ce terme est surtout utilisé dans le contexte de l'architecture romane.

*11 En architecture, la croisée du transept est la partie du plan d'une église située à l'intersection du transept et du vaisseau principal de la nef.

*12 L’ogive désigne un arc en nervure remplaçant l'arête saillante que produirait la rencontre de deux quartiers ou de deux voûtains.

 *13 L'abside, du latin absis lui-même dérivé du grec ἁψίς (voûte, arcade), est la partie saillante en demi-cercle d'un bâtiment.

*14 Le rinceau désigne un motif d'arabesque de feuillages, de fleurs ou de fruits sculptée ou peinte servant d'ornement en architecture ou dans les arts décoratifs.

 *15 Une châsse désigne généralement un reliquaire contenant le corps d'un saint (entier, ou sa plus grande partie), voire de deux ou trois s'il s'agit par exemple de saints martyrisés ensemble. Il s'agit donc d'une sorte de cercueil-reliquaire.

 

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