Culture et patrimoine

Le marchand de vin / époque gallo-romaine IIe-IIIe siècles
Provenance : Til-Châtel / Musée archéologique de Dijon

 
 

 

Origines

Le village, situé sur la voie Agrippa entre Langres (Andemantuno ) et Châlon (Cabillione) est mentionné sur la carte de Peutinger en l'an 230 de notre ère sous le nom de Filena sur la rivière Tille.
Les historiens considèrent qu'il s'agissait probablement d'une localité ayant une grande importance, au moins stratégique, Dijon (Divio) n'y étant pas mentionnée.

Le Père Vignier qui avait consulté les textes de Claudien écrivait au cours du 17° siècle qu'il existait pendant l'occupation romaine un emplacement nommé la Motte Ronde, situé dans le bas du village constituant un Castrum en bordure de la voie Agrippa, qui permettait de surveiller à la fois la rivière et la route.
Il était délimité par la rue d'Aval, la rue Coupé et la ruelle de la Reculée.

Les fouilles qui ont été effectuées dans ce périmètre ont permis de mettre à jour de nombreux vestiges, statues, stèles funéraires et monnaies datant de l'époque de l'occupation romaine.
A l'époque, un chenal de 2 mètres de large sur 1,5 de profondeur permettant de faire naviguer des embarcations à fond plat, reliait le pont sur la Tille à un lieu dit Ogne, situé entre Til-Châtel et Lux où des fouilles entreprises dans les années 1980 à 1992 ont permis de confirmer l'existence d'un ensemble de bâtiments occupant un emplacement de 9 hectares environ qui pourrait être, selon M. René Goguey qui a dirigé les fouilles, un ensemble d'entrepôts liés à la navigation fluviale où étaient regroupés les grains en provenance du Bassigny destinés à l'alimentation de Rome.

Plus tard, vers l'an 264 se situe le martyre de Saint Florent patron de l'église du village. L'abbé Roussel raconte que les envahisseurs venus du nord de l'Europe, commandés par Chrocus, après avoir ravagé Langres et massacré Saint Didier évêque de cette ville, s'arrêtèrent à Tilae Castrum (Castrum ad Tillam) comme on appelait alors le village.
Ils y rencontrèrent un chrétien nommé Florent, fils du gouverneur du Castrum qu'ils firent prisonnier et à qui ils voulurent faire abjurer sa foi. Devant son refus ils le décapitèrent avec un soc de charrue. Sa tête roula dans la Tille où portée par le courant elle fut entraînée jusqu'à l'île Barbe sur la Saône près de Lyon où elle fut conservée dans l'église Saint-Martin. Quant à Florent, ses reliques exposées dans l'église sont à l'origine de nombreux miracles. Ogne et le Castrum furent détruits au cours d'une invasion après l'an 400 .

Vers l'an 407, le royaume de Bourgogne est créé par Gondicaire, chef barbare chrétien venu d'outre Rhin qui mit fin à l'occupation romaine.
On ne sait pas ce qui se passe dans le village jusqu'à l'an 801. A cette époque il dépendait de l'évêque de Langres Betto, qui cette année là, concède l'église de Tilicastro et ses revenus aux Augustins de Saint-Etienne de Dijon. Depuis cette date, le nom du village est écrit selon l'humeur des scribes et la langue employée, latin ou français, Tylicastrum, Trichastel, Trichâteau, Trichâtel, Tilchastel, Tréchâteau, et enfin Til-Châtel en 1860, après s'être appelé Mont-sur-Tille pendant la période révolutionnaire.

Les Seigneurs

Relevant de l'évêque de Langres, ils tiraient leur origine d'un Audon I de Til-Châtel, fils de Garnier comte de Troyes attesté en 918 par sa signature dans un acte du duc de Bourgogne Richard.
Cette famille, qui portait comme armoiries une clé en pal, rendait hommage également aux ducs de Bourgogne. Elle tenait un rang élevé parmi les seigneurs des duché et comté de Bourgogne. Ses membres qui contractèrent de prestigieuses alliances se succédèrent de père en fils jusqu'à l'an 1299 date à laquelle Isabelle de Rochefort, fille de Gaucher de Rochefort seigneur du Puiset en Beauce, veuve de Guy III de Til-Châtel Gonfalonier du Comté de Bourgogne, devint dame de Til-Châtel. Elle se remaria avec Humbert de Rougemont vers 1306 et maria sa fille Jeanne qu'elle avait eue avec Guy III de Til-Châtel à Thiébaud de Rougemont fils d'un premier mariage de son nouveau mari. La seigneurie passe alors dans cette famille jusqu'à la fin du 15° siècle époque à laquelle la dernière des Rougemont, n'ayant pas d'enfants céda la seigneurie à Antoine de Baissey issu d'une famille du Montsaugeonnais qui rendit immédiatement hommage à l'évêque de Langres. A la même époque, Isabelle de Til-Châtel, demi sœur de Guy III, épousait Guillaume de Grancey à qui elle apportait en dot Gémeaux, Pichanges et Selongey, réduisant d'autant les possessions de la famille de Til-Châtel qui, dès lors, perdit une part importante de son lustre.

En 1618, n'ayant pas de descendance, la dernière des Baissey laissa la terre de Til-Châtel à son beau frère utérin Erard du Châtelet qui la qualifia de marquisat et la donna à son fils Antoine. Mise en décret pour règlement de ses dettes elle fut acquise en 1663 par le baron du Housset, à son tour mis en décret en 1685. Elle fut alors achetée par sa veuve Marie d'Aguesseau qui en 1703 en fit cadeau à sa nièce Catherine d'Aguesseau mariée à Charles Marie de Saulx, comte de Tavannes dont les descendants possédèrent Til-Châtel jusqu'à la révolution.

Le Village

Il se compose de plusieurs parties :

- Le bourg

situé dans la partie haute du village limité par les rues de la Charme à l'est, de la Barrière au sud, du Bourg et la ruelle Derrière à l'ouest et par la Côte au nord. A l'intérieur du bourg il y avait l'église et le prieuré aujourd'hui disparu, la rue des Pieds Ferret et la rue du Château qui menait à la forteresse construite au sommet de la butte dominant le village et les vallées de la Tille et de l'Ignon. Il comportait au temps de sa splendeur deux grands fossés de ceinture avec double pont-levis et plusieurs tours. Aujourd'hui ne subsiste que la porte de ce château transformée en habitation. La rue aux Apports reliait le bourg à la voie Agrippa et au village qui s'était progressivement construit en bordure de celle-ci.

- Le village

s'étendait en bordure de la voie Agrippa où dès le 12° siècle avait été construite la chapelle Notre-Dame autour de laquelle une Maison-Dieu hôpital et ses dépendances était venue s'installer. Vendus comme bien national à l'époque révolutionnaire, ces bâtiments subsistent et on peut en voir une partie place du Tertre et rue de l'Hôpital. D'autres constructions plus récentes subsistent, notamment d'époque Renaissance. En descendant la rue d'Aval on passe le bief sur lequel divers moulins existaient et l'on rejoint le site de l'ancien Castrum qui a été évoqué plus haut. Au delà de la rivière à la sortie du village l'emplacement de la Maladrerie où les lépreux étaient reçus et soignés subsiste, mais il n'en reste pas de vestiges apparents. Le village aujourd'hui comporte plus de 800 habitants, il s'est étendu en direction de Langres au nord, de la Forge au nord-est, de Lux à l'Est et de Marcilly à l'ouest.

- L'église Saint-Florent

Située à proximité du château sur l'éperon dominant le village, nous avons vu plus haut qu'elle était mentionnée dès l'an 801 dans une charte de Betto, évêque de Langres qui en concédait les bénéfices à l'abbaye Saint Etienne de Dijon. Au cours des siècles suivants, elle recevait de nombreuses donations et fut agrandie aux XI° & XII° siècles, l'accès à l'église qui ne comportait qu'une courte nef se faisant par le portail sud orné d'un tympan représentant un Christ en majesté entouré de quatre anges portant la marque du sculpteur Pierre de Dijon.
Vers la fin du XII° siècle, la nef fut agrandie, donnant à cette église romane son aspect actuel. Le grand portail ouest surmonté d'une archivolte semi circulaire développant 5 rouleaux dont les extrémités reposent de chaque côté sur autant de rouleaux couronnant de fines colonnes rondes, toutes différentes.

Cette arcade entoure un tympan représentant le Christ assis, foulant aux pieds le symbole du péché et entouré d'animaux symbolisant les 4 évangélistes.

Au cours de ces travaux le 15 mai 1146, les ouvriers découvrirent un cercueil de pierre contenant un squelette.

Selon la légende, l'un d'entre eux, nommé Remy, qui manipulait sans respect ce corps tomba à la renverse et resta paralysé, ses camarades eurent l'idée de le mener à l'autel de Saint Florent où le maçon, ayant avoué sa faute se trouva guéri. La foule cria au miracle et un enfant s'étant exclamé "Honoratus", ce nom fut donné au saint contenu dans le tombeau qui fut placé dans la partie sud du transept. Par la suite plusieurs miracles se sont produits et Honoré désigné comme second patron de l'église.
Une châsse en bois sculpté et peint rappelle sa légende.

Au cours des siècles, de nombreux travaux de réparation ou consolidation furent effectués dans l'église. Au cours du XIX° siècle elle était en piteux état et à la demande de Viollet-le-Duc une importante campagne de restauration fut entreprise dans les années 1868-1869. Elle fut menée par son gendre Maurice Ouradou qui mit l'église dans son état actuel et en sauva l'essentiel, notamment l'architecture générale et les remarquables chapiteaux.

Nous n'en ferons pas la description ici. Notons toutefois qu'outre les reliquaires des saints patrons elle contient un Dieu de Pitié en bois sculpté du XI° siècle, un calvaire en bois du XVII°siècle, un triptyque peint sur bois offert par Jehan Morelet signé par T. Claudon, de nombreuses dalles funéraires dont celle de Gui III de Til-Châtel datée de 1240, des fonts baptismaux du XII° siècle de forme octogonale et plusieurs fragments de peintures murales qui auraient été réalisées du XV° au XVII° siècle.

- Fontenotte

Située sur la voie Agrippa à 2 km environ en direction de Dijon, ce domaine, ancienne villa romaine comportait plusieurs sources dont l'une était reliée site d'Ogne par une canalisation dont les vestiges ont été retrouvés au cours des fouilles effectuées sur ce site.

En 1170, Aimon IV ou Amé, seigneur de Til-Châtel, partant pour la croisade donna aux Templiers Fontenotte et tout son territoire afin d'assurer le repos de son âme.

Une commanderie templière, dépendant de celle de Bure fut alors édifiée.
Elle fut édifiée autour d'une cour centrale comportant différents bâtiments d'habitation, hangar, grange, écuries bâtiment en équerre, tour, une chapelle dédiée à Sainte Pétronille et un mur de clôture.
Elle bénéficia au cours des siècles de nombreuses donations et lors de la suppression de l'ordre du Temple en 1311 fut attribuée à l'ordre de Malte. Dès lors, le domaine de Fontenotte fut administré par des fermiers jusqu'à la Révolution.
A cette époque, le domaine fut vendu comme bien national.
Devenu exploitation agricole, il fut administré par ses propriétaires, soit directement, soit en fermage, jusque en 1971. A cette date il fut vendu, les bâtiments et les terres étant cédés séparément.

Au cours des années 1960, la chapelle avait été démontée par les soins de l'abbé Henri Latour, alors curé de Saint-Pierre à Dijon, fils de la propriétaire et remontée dans l'enceinte du domaine de la Bergerie à Corcelles les Monts.

Un moulage de la dalle funéraire d'Etienne de Til-Châtel a été effectué, il est visible dans l'église Saint-Florent.

(la propriété n'est pas ouverte à la visite)

Bibliographie :

Abbé Roussel, Histoire des Evêques de Langres, Langres 1844

Clément Janin, Histoire de Til-Châtel, manuscrit conservé à la mairie.

René Viard, Mon village dans l'Histoire, manuscrit.

A.Huguenin, Til-Chatel, Les seigneurs, Saint Florent et Saint Honoré, Imprimerie de l'Union Typographique à Dijon

Yvonne Latour, Livre de Famille ,Darantière 1978.

Henri de Faget de Casteljau, Les sires de Til-Châtel féaux de Langres aux marches des deux Bourgognes X°-XV° siècles in Cahiers Haut-Marnais n° 143,144 & 146.

Jean-Marie Buquet, ses différentes études sur le village et Fontenotte dans Le Lien, magazine municipal 29/03/04 .

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